Oui, les crottes de chien se compostent, mais dans un compost séparé et non alimentaire
Publié par : Solène d'Aramitz — Rédactrice spécialisée en jardinage
Oui, une crotte de chien peut se décomposer dans un compost, car c’est une matière organique riche en azote. Elle ne doit toutefois pas être ajoutée sans précaution à un compost familial. Les déjections canines peuvent contenir des bactéries, des parasites et des résidus de traitements vétérinaires. La solution la plus prudente consiste à les traiter dans un composteur séparé, bien équilibré et réservé à des usages non alimentaires.
Composter des crottes de chien : possible, mais pas dans n’importe quelles conditions
Le compostage repose sur l’action de micro-organismes qui transforment les matières organiques en amendement mature. Les crottes de chien apportent surtout de l’azote et de l’humidité. Elles peuvent donc participer au processus si elles sont associées à des matières sèches riches en carbone, comme les feuilles mortes, la paille, le carton brun non imprimé ou le broyat de petites branches.
Quiz : composter les crottes de chien en sécurité
Testez vos connaissances sur les précautions essentielles du compostage des déjections canines.
La difficulté vient de l’origine animale des déjections. Le chien étant carnivore, ses excréments peuvent contenir des agents pathogènes. Dans un petit compost domestique, la montée en température est souvent irrégulière et ne garantit pas une hygiénisation suffisante. Mélanger ces crottes à un compost destiné aux tomates, aux salades ou aux herbes aromatiques est donc déconseillé.
| Solution | Quand la choisir | Usage du compost obtenu |
|---|---|---|
| Compost domestique classique | À éviter pour les déjections canines si le compost sert au potager | Déchets végétaux uniquement, selon les usages habituels |
| Composteur séparé | Pour un jardin avec un ou plusieurs chiens et un suivi régulier | Plantes ornementales, haies, arbres et zones non maraîchères |
| Compostage collectif ou professionnel | Pour les grands volumes, les résidences, les parcs ou les collectivités | Selon les consignes de la filière qui assure le traitement |
| Poubelle ou point de collecte dédié | En l’absence de dispositif adapté ou pendant un traitement vétérinaire | Pas de valorisation au jardin |
Les risques à prendre au sérieux avant d’utiliser un composteur
Bactéries, parasites et traitements vétérinaires
Les crottes de chien peuvent transporter des bactéries et des parasites. Le risque ne dépend pas uniquement de l’aspect des selles : un chien apparemment en bonne santé peut être porteur d’organismes indésirables. Les vermifuges, les médicaments et les autres traitements vétérinaires appellent aussi à la prudence. Si votre chien est malade, suit un traitement ou vient d’être vermifugé, mieux vaut ne pas introduire ses déjections dans le compost.

La température est le principal facteur de réduction des agents pathogènes. Une phase de compostage thermophile comprise entre 60 et 70 °C favorise cette réduction. Elle reste toutefois difficile à obtenir et à maintenir dans un petit bac peu rempli. Sans contrôle de la chaleur, considérez que l’hygiénisation n’est pas maîtrisée et réservez le compost obtenu aux végétaux non comestibles.
Le potager reste une zone à protéger
Un compost issu de déjections canines ne doit pas être épandu au pied des légumes, des petits fruits ou des plantes aromatiques consommées. Évitez aussi les zones de jeux, les espaces fréquentés par de jeunes enfants et les endroits où les animaux fouillent régulièrement le sol. La destination finale compte autant que l’apparence du compost : une matière sombre et friable ne prouve pas, à elle seule, l’élimination complète des risques sanitaires.
La méthode pratique pour un compost séparé et équilibré
Un composteur dédié est l’option la plus simple à gérer. Installez-le à l’écart du potager, sur un sol naturel, dans une zone accessible pour le remplissage et le brassage. Un silo d’environ 1 m³ est cité comme un volume favorable à une bonne montée en température, sans dispenser d’un suivi régulier.
- Ramassez les déjections avec une pelle, une pince ou un sac réellement adapté au compostage.
- Déposez-les dans le composteur séparé sans les laisser s’accumuler à l’air libre.
- Ajoutez immédiatement une quantité généreuse de matière carbonée : paille, feuilles mortes, carton déchiqueté ou broyat.
- Recouvrez la surface d’une couche d’environ 10 cm de paille, de feuilles ou de carton pour limiter les odeurs et l’arrivée d’insectes.
- Brassez régulièrement pour introduire de l’air et éviter les zones compactes, trop humides ou malodorantes.
Le bon mélange ressemble davantage à une litière forestière qu’à une poubelle humide. Les matières sèches créent des interstices, favorisent la circulation de l’air et absorbent l’excès d’eau. Elles équilibrent l’apport dense et azoté des déjections. Sans fibres, porosité et alternance de couches, le compost risque de fermenter, avec des odeurs et des moucherons.
Si le tas est mouillé, collant et malodorant, augmentez les apports bruns et aérez-le. S’il reste froid malgré un volume important, vérifiez qu’il ne manque ni humidité ni matières azotées. Un activateur de compost peut accélérer le processus, mais il ne remplace ni l’équilibre carbone-azote, ni le brassage, ni le temps de maturation.
Durée, chaleur et second cycle : ne pas confondre décomposition et sécurité
Voir les crottes disparaître ne signifie pas que le compost peut être utilisé partout. La décomposition réduit le volume et transforme la matière. L’hygiénisation vise, elle, à limiter les agents pathogènes grâce à une chaleur suffisante et à un cycle long. Lorsque la température de 60 à 70 °C n’est pas atteinte de manière fiable, prenez une marge de sécurité : laissez mûrir le compost longtemps et envisagez un second compostage.
La solution des trois composteurs facilite l’organisation des transferts. Un bac reçoit les apports récents, le deuxième poursuit la décomposition et le troisième sert à la maturation. Ce fonctionnement limite les manipulations d’un compost encore actif et évite d’ajouter continuellement des déjections fraîches à une matière déjà presque stabilisée.
Pour un seul chien, une petite quantité occasionnelle ne pose pas les mêmes contraintes qu’un volume quotidien important. À l’inverse, un cheptel de 8 à 10 chiens nourris exclusivement aux croquettes peut produire environ 10 kg de crottes par jour. À cette échelle, un équipement dédié de grande capacité, voire une solution professionnelle, est plus cohérent qu’un composteur de jardin.
Sacs à crottes et solutions hors jardin : faire le bon tri
Biodégradable ne veut pas toujours dire compostable
Les sacs plastiques ordinaires ne vont jamais au compost. Un sac qualifié de biodégradable ne doit pas être ajouté automatiquement non plus : ce terme ne précise pas toujours les conditions nécessaires à sa dégradation. Vérifiez que le fabricant indique explicitement qu’il est compostable et précisez si cette compostabilité concerne un compost domestique ou uniquement une installation industrielle.
Les sacs en amidon, en fécule de pomme de terre ou en papier recyclé sont souvent présentés comme des alternatives compostables. Même dans ce cas, leur intégration doit rester compatible avec votre installation et avec l’usage non alimentaire du compost. En cas de doute sur le matériau, videz le contenu dans le composteur séparé et jetez le sac selon les consignes locales.
Collectivité, déchetterie et filières professionnelles
Dans un immeuble, un parc, une copropriété ou une commune, ne déposez pas les sacs canins dans un composteur partagé sans autorisation explicite. Ces équipements reçoivent généralement des biodéchets de cuisine et des végétaux, pas des déjections animales. Les poubelles spécifiques, la déchetterie ou une filière de compostage professionnel sont plus adaptées lorsqu’une collecte est organisée pour les accepter.
Les solutions collectives peuvent réduire les déchets et améliorer l’entretien des espaces verts si la collecte, le tri des sacs et le traitement sont maîtrisés. Pour un particulier, la règle reste simple : choisissez un composteur séparé et un usage ornemental, ou évacuez les déjections dans la filière indiquée par la collectivité. Cette précaution permet de valoriser la matière organique sans exposer inutilement le jardin à un risque sanitaire.



